Open Flash
2000 Roanne
Cet autoportrait est la première photographie que j’ai voulu exposer dans mon portfolio présenté de manière chronologique.
En 1999, à l'âge de 21 ans, j’ai pris la décision de prendre des cours de photographie et peut-être d’en faire mon métier.
J’étais trop impressionné par les écoles d’arts et de photos, je n’étais pas assez sur de moi. Et puis elles me semblaient trop chères, et seraient financées par mon père alors que je tendais vers le désir d’autonomie et d’ indépendance. J’ai donc eu envie de travailler en tant qu’assistant chez un photographe en choisissant de faire un C.A.P. (Le certificat d'aptitude professionnelle): techniques photographiques.
Mais voilà, je ne trouvais pas d’employeur à Lyon ou je vivais à ce moment-là. C’est seulement à la date limite de l’inscription à laquelle il fallait se présenter avec un contrat, que j'ai trouvé une petite annonce sur le mur de l’école. A Roanne, une ville entre Lyon et St-Etienne, une imprimerie cherchait un assistant pour le studio de son photographe.
Comme un retour aux origines, Roanne était la ville où mon père avait grandi et où une partie de ma famille se trouvait.
J’ai décroché mon contrat et commencé ma première expérience en tant que photographe assistant.
Hormis les intérêts d’une certaine indépendance avec mon premier petit appartement que je louais pour trois fois rien, l'expérience dans ce studio photo, trois semaines par mois, et le reste du temps en cours à Lyon, n'a pas été très significative: je m’ennuyais faute de travail d’un côté, réparti par différent rare temps de prises de vue de diverses choses peu intéressantes à photographier, et par manque d'intérêt pour les techniques et les procédés chimiques apprises lors de mes cours de l’autre.
Je n'appréciais guère la photographie de studio, mes pérégrinations urbaines photographiques du moment me satisfaisaient beaucoup plus.
Mais malgré tout, une chose attirait plus particulièrement mon attention: la gestion de la lumière.
Un an après, en l’an 2000, à l'âge de 22 ans, lors de ma deuxième année de contrat, faute de travail, je feuilletais les pages d’un magazine d’art dans le studio. Stupéfait, je découvris à l'intérieur les images de Duane Michals*. Un peu émerveillé de ce que je venais de découvrir, je me suis empressé de questionner mon patron pour connaître la manière de réaliser ce genre d’images en transparences. Il me conseilla d’essayer la technique de l’open flash. Une technique de prise de vue avec des lumières flashs que l’on utilise en photographie de studio.
Ce n’était peut-être pas la technique utilisée par Duane Michals, mais peu importe, j’étais lancé. J’ai profité de l’activité morne du studio et des absences répétées du photographe pour commencer à expérimenter divers auto-portraits. J’ avais le choix entre la chambre Sinar ou l’appareil moyen format Hasselblad 500c. J'ai choisi ce dernier, plus petit et plus simple à manier.
- “tu peux l’utiliser mais pas en dehors du studio!” me répétait-il…
Ce jour-là, j’ai installé l'appareil photo sur un trépied, je me suis positionné face à lui, j’ai enlevé mon tee-shirt pour me mettre torse nu.
J’ai éteint la lumière, puis régler l'obturateur de l’appareil photo en position ouvert, faisant passer ainsi la lumière à travers le boîtier, pour qu’elle atteigne la surface sensible du négatif et des sel d’argents enveloppés dans la “gélatine animale” qui réagiront chimiquement et viendront marquer la trace en miroir de mon image tant désirée.
J’ai donc fait partir les flashs dans le noir une première fois à l’aide du déclencheur flashmètre dans ma main droite, me présentant ainsi, les bras ouverts. Puis je me suis baissé, “je voulais imprimer mon visage sur mon torse”, alors j’ai déclenché une deuxième fois les flashs, pour enfin refermer l’obturateur et passer à la vue suivante. Une fois le film entièrement exposé, j’ai développé le négatif puis tiré l’image à l’agrandisseur.
Pendant 20 ans j’ai observé cette photographie de temps à autre. Elle était tour à tour archivée dans une boîte, puis encadrée, puis archivée de nouveau, puis ressortie il y a 4 ans pour la ré-encadrée.
Le matin du 20 novembre 2025, elle était là, posée sur mon bureau. Lorsque j’étais en train d’écrire quelques lignes à son propos, une sensation étrange, me traversa.
Un flash est apparu, et je me suis empressé de positionné côte à côte cet auto-portrait avec un autre réalisé en 2022 du nom de Corpus Métanoïa.
Sans m’en rendre compte, une boucle photographique s'était produite sous mes yeux. Je m’aperçut qu’à 22 ans d’écart, sans m’en rendre compte, tel un éternel retour Nietzschéen, à lage de 44 ans, j’allais me reprendre en photo, en noir et blanc avec la même volonté de vouloir mettre mon corps en transparence sans penser à cette dernière image sûrement fixée dans l’inconscient.
La même position, les bras ouvert vers le sol, mais cette fois-ci en 2022, je me retrouvais entièrement nu devant l’objectif, et sans utiliser la technique de l’open flash.
Peut-être m’étais-je raproché de la technique de Duane Michals cette fois-ci? Peut-être la dissociation du corps et de l’esprit enfin réunifiée? Ou peut-être que la boucle sera infinie, dialoguant à tout jamais entre le vide et le plein, entre le dedans et le dehors, se maîtrisant et s’échappant avec des “temps parallèles open”, flash-back des images fixés dans l’inconscient et l’éternel retour pour l'accomplissement de la vie.
- Dans la conception du film photographique argentique, la couche sensible photographique, communément appelée émulsion, est schématiquement constituée de gélatine et d’une multitude de cristaux d’halogénure d’argent sensibles à la lumière.
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La gélatine a plusieurs rôles importants comme la protection des cristaux de chlorure d’argent…
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Elle permettra donc par la suite l’apparition de l’image en négatif sur le support.
- Concept philosophique de Nietzsch formulé dans l’ouvrage “Le Gai Savoir” (Die fröhliche Wissenschaft, 1882 / 1887), puis qui sera développé de manière indirecte dans d’autre oeuvres. L’éternel retour est une hypothèse philosophique selon laquelle tous les événements de l’existence se répètent éternellement, à l’identique, dans un cycle infini. Nietzsche ne présente pas cette idée essentiellement comme une théorie cosmologique. Il la propose d’abord comme expérience de pensée destinée à éprouver la valeur que chacun accorde à sa propre vie.
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Dans “Nietzsche et la philosophie” Gilles Deuleze insiste sur le fait que l’éternel retour ne doit pas être compris comme un simple « retour du même » des mêmes événements, mais comme la priorité du devenir et de la différence sur l’identité figée. Pour lui, ce qui revient n’est pas l’identité statique des choses, mais le fait même de devenir, de se réaffirmer dans la différence.
- Voir menu du porfolio: “Corpus Metanoïa 2022”.
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L’amor fati est un concept de Nietzsch associé à l’éternel retour: selon Karl Löwith, philosophe allemand, l’éternel retour du même chez Nietzsche est une expérimentation philosophique fondamentale qui met en tension deux concepts clés de sa pensée — la volonté de puissance et l’affirmation totale de la vie. Löwith montre que Nietzsche ne présente pas l’éternel retour comme une simple hypothèse cosmologique, mais comme une idée qui exige de vivre radicalement sa propre existence et de l’assumer totalement. La pensée de l’éternel retour, dans cette perspective, est un test de l’affirmation ou de la négation de la vie : accepter son existence de manière à vouloir la revivre éternellement est pour Nietzsche l’expression la plus intense de l’amour du destin (amor fati).

Sans titre (”Open Flash”). Négatif noir et blanc 6x7 inches.