Identité

2005-2006 Lyon




La quête d'identité est un travail universel qui touche chaque individu à différents moments de sa vie. Une fois en marche, elle implique une exploration de soi constante, consciente et inconsciente, pour comprendre sa nature et sa place dans le monde.

La photographie est un bon outil de recherche identitaire. Il m'accompagne depuis mon plus jeune âge. Cette perpétuelle recherche fait partie des sujets principaux de mon travail.

Quelques années après avoir réalisé mes premiers essais photographiques, je rêvais de devenir photographe reporter. Entre aspiration artistique et réalité matérielle, je trouvais finalement un travail dans un laboratoire photo au centre de Lyon.
C'était mon premier contrat à durée indéterminée, et j’y ai travaillé deux ans. Cela m'a permis de prendre mon indépendance, partir définitivement du milieu familial en louant un petit appartement au centre de Lyon.
Je développais les pellicules photos et réalisais le tirage des images à l’aide d’une machine. Nous mettions les photos dans des boîtes noires cartonnées, après les avoir rapidement retouchées, pour pouvoir les présenter aux clients, et tout cela en une heure. Je voyais la vie des gens défiler à une vitesse folle. L’ intimité à la chaîne, les grands comme les petits évènements familiaux, se mêlaient aux paysages communs.

Au bout du grand comptoir, il y avait un coin “identité”. Un appareil spécial dédié à cet effet, un siège ajustable, un endroit un peu à l'abri des regards. Parfois, lorsque le patron n’était pas là, on se prenait en photo avec les collaborateurs/trices. Puis tout seul, j’ai continué l'exploration clandestine de ma propre image de manière plus régulière. Plusieurs options étaient possibles, comme zoomer sur nos visages pour y saisir certains détails.


Dans le labo nous devions être bien présentables: Chemise blanche impéccable rentrée dans un pantalon noir, badge à l’effigie de l’entreprise, gant blanc à une des deux mains.
Il fallait vendre la carte du magasin, les photos supplémentaires, la photo encadrée: toujours proposer plus.
Je n’aimais vraiment pas ça, je préférais travailler sur les machines de développement. Alors un jour, après une altercation avec mon responsable, je suis parti en claquant la porte du labo: “tu reviendras quand tu seras rasé !” m’avait-il lancé.. Je ne suis jamais revenu.

Après l'uniforme aseptisé, j'ai travaillé pendant 20 ans dans le secteur du commerce de prêt à porter. Le vêtement comme "seconde peau", le travail dans l’apparence, l’image de soi, toujours à la recherche inconsciente de l’identité.

Ces dernières années, après avoir décidé de travailler sur ce portfolio, je suis allé fouiller dans une boîte d'archives de mes photographies et je suis tombé sur une pochette à l’effigie de l’enseigne de l’entreprise: “Photo Service”.






















































Sans titre (Identité”). Exemplaires uniques, imprétions laser couleurs 11x10 cm.