Corpus Métanoïa

 2022 Montreuil




En fin d’année 2021, un couple d’amis m’a prêté leur maison pour que je puisse faire des photographies lors de leur absence. Je voulais utiliser l'acte photographique comme cadre d’une renaissance, dans lequel j'adopterais une posture christique, traversé par la lumière.

Plus tard, j’ai compris que ces amis, en couple avec leurs deux enfants, représentaient pour moi une structure familiale “idéale”.
Le père, passionné de musique, et sa collection de disques que l’on entrevoit à ma droite. Dans la tradition occidentale, le côté droit est souvent associé à la manifestation active et à la créativité de la polarité masculine.
La mère, ambitieuse, et sa collection de livres d’art liés à son métier, à ma gauche. Le côté gauche peut être associé à la profondeur et à l’intuition de la polarité féminine.

Leurs zones étaient ainsi bien agencées, chacun de leur côté. C’est donc au centre de la pièce, entre les deux, que je suis venu naturellement me placer.

De manière instinctive, j’ai scotché des photographies de ma naissance et de ma petite enfance sur le radiateur à ma droite, côté père ; puis des livres qui ont été particulièrement importants pour moi sur la bibliothèque à ma gauche, côté mère.

Les deux dernières années passées ont été particulièrement intenses dans mon travail introspectif, ce qui m’a donné beaucoup de nouvelles clefs de compréhensions et une manière nouvelle d’aborder le monde.

Ainsi  métamorphosé et réincarné, je me réapproprie mon histoire et mon corps, en apparaissant et en présentant ici mon nouveau moi. Comme un retour à la découverte de la constitution de mon “image première”. Je suis l’observateur observé, en rejouant la scène psychique des premiers instants de développement de mon être. Détaché du cocon familial par le fond blanc, je me trouve devant mon père et ma mère idéaux et fantasmés d’un côté, puis devant mon moi observateur, ma conscience, de l’autre. Je garde ainsi cette “nouvelle image de moi”, nue, comme une étape, le passage d’un seuil par un acte inconscient à son départ, un souvenir du moment de transformation de mon être.

J’ai effectué plusieurs prises de vue en testant différentes positions. Tout d’abord en utilisant l’éclairage artificiel des flashs sur pieds de studio photo. L’un des deux placé en hauteur à l’arrière droit de l’image pour tenter d’établir une lumière venant du ciel et me traversant. Mais en regardant les résultats après le développement de péliculles, je me suis aperçu que la photographie qui semblait être la bonne était celle où la lumière naturelle, sans les flashs, venait de la fenêtre du mur de la maison, à droite de l’image.

Me débarrasser de toutes les lumières artificielles ? Peut-être un signe, un éclairage de l’univers ?


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*Métanoïa

Dans la Grèce antique, métanoïa signifiait « se d
onner une norme de conduite différente, supposée meilleure»(1,2).
En philosophie, le terme grec μετάνοια métanoïa est composé de la préposition μετά (ce qui dépasse, englobe, met au-dessus) et du verbe νοέω (percevoir, penser), et signifie « changement de vue » ou « changement de regard » qui voit la pensée et l’action se transformer de façon importante, voire décisive(3).

René Guénon (1886–1951), penseur français spécialiste des traditions spirituelles et métaphysiques, utilise le terme métanoïa comme un synonyme de « conversion », mais avec une dimension spécifique qui dépasse le cadre religieux traditionnel.(4).


C’est en Psychologie Analytique que dans sa conception du processus d’individuation, Carl Gustav Jung utilise ce terme pour désigner une transformation de la psyché par une sorte de guérison initiée par des forces inconscientes. Il s’agit d’une transformation complète de la personne, transformation qui ressemble beaucoup à celle qui se passe à l’intérieur d’une chrysalide(5).

Dans la théologi Métanoïa est traduit habituellement dans les textes bibliques par « pénitence » ou par « repentance ». Mais dans certains textes du Nouveau Testament(6), il a un autre sens, celui d'une conversion à Dieu :
« Métanoïa signifie au-delà de nous, au-delà de l'intellect, de notre raison rationnelle et se rapporte à un mouvement de conversion ou de retournement par lequel l’homme s'ouvre à plus grand que lui-même en lui-même(7). »

Pour finir c’est également un terme qui a été employé dans l'homélie du patriarche œcuménique Bartholomée lue à Notre-Dame de Paris en 2015 au moment de la COP21, au sujet de la sauvegarde de la Création, dans le sens d'un « retournement tout entier de l'être »(8).


  1. Romeyer-Dherbey et Gourinat 2001, p. 166.
  2. D’après Livio Rossetti, philosophe de l'Université de Pérouse, La Rhétorique de Socrate, in Socrate et les socratiques.
  3. Les termes epistrophê et métanoïa d'après Pierre Hadot par Yan Plantier.
  4. René Guénon, À propos de « conversions », Etudes traditionnelles, septembre 1948, article dans le recueil posthume Initiation et Réalisation spirituelle, Chap. XII.
  5. Métanoïa et chrysalide
  6. Que signifient les mots métanoéô et métanoïa ?, Sylvain Romerowski
  7. La Métanoïa : Premier pas sur le chemin du repentir, Père Philippe Dautais, article a paru dans la revue Le Chemin, no  20, 1993
  8. Prière œcuménique pour la sauvegarde de la création : l’homélie de sa sainteté le patriarche œcuménique Bartholomée lu à Notre-Dame de Paris






Copus Métanoïa. Négatif noir et blanc 6x7 inches. Dimention échelle 1:1. Format variable. Montreuil 2022.