Cell-Phone Women
Paris 2011-2014
Aucun projet particulier n’était à l’origine de ces images. Mais en 2011 j’avais opéré un petit changement dans mon mode de capture photographique, en téléchargeant sur mon téléphone portable, une application japonaise qui transformait les photos prises avec celui-ci en images noir et blanc très contrastées.
Trois années de prises instantanés, dans plusieurs villes en France et à l'étranger, surfant sur un style délibérément inspiré des “mémoires d’un chien” du maître Nippon (1).
Au bout de quelque temps, je commençais à accumuler quelques images et j’ai décidé de les ranger dans le dossier sur mon ordinateur, inscrit au nom de “cell-phone diary”
Je me souviens porter une attention particulière aux images publicitaires de mode qui envahissaient les rues des centre-villes partout où je voyageais, et plus particulièrement omniprésentes dans le quartier du Marais à Paris ou je travaillais.
J’ai observé ce quartier se transformer très rapidement pendant trois ans. Sa gentrification et sa place importante qu’il tenait dans l’art et la mode en a fait une sorte de galerie marchande du prêt à porter à ciel ouvert, remplaçant petits commerces puis même certaines galerie d’arts par des boutiques de prêt à porter.
De mon côté, une intention commençait à se dessiner, en mélangeant les photos de choses et d'autres prises dans la rue avec celles d’affiches publicitaires que je capturait le plus souvent dans les métros, ou à l'extérieur sur les panneaux et les arrêts de bus.
J’ai eu donc l’envie de regrouper ces images avec un titre: “Take it easy”.
J’ai laissé passé quelques années et c’est en 2019 que j’ai pris la décision auto-éditer un ouvrage regroupant environs 400 photographies.
Seulement voilà ma dyslexie magique mêlé à un franc-anglais approximatif de l'époque - favorisant le déni des choses - m'a trompé. Je me suis aperçu que l’expression take it easy utilisée pour mon titre ne voulait pas vraiment dire ce que j' avais imaginé: quelque chose comme « prends-le facilement, vas-y sert toi »..
Comment me dépêtrer avec une pensée inconsciente et son contraire? Me parlant sûrement à moi-même: Vas-y seres toi versus vas-y doucement ou prends soin de toi.
Au prime abord, je me souviens vouloir un titre accrocheur comme une sorte de slogan publicitaire pour souligner la frénésie consumériste liée à l’image d’une femme sur-hestetisé et surexposée qui m’a toujours faciné, bousté par un marché au secteur florissant malgré la crise financiere passée.
Alors "Take It Easy" , pourquoi pas, le titre sonnait bien, et les rares personnes à qui j’avais présenté ce travail ne m’avait pas vraiment questionné à ce sujet..
Et puis il était trop tard! J’avais reçu les livres imprimés, fais le tour de quelques libraires pour en déposer et poster le projet sur Instagram..
Alors Take It Easy? Oui dans un sens, peut-être que le temps de la consommation devait se terminer pour laisser place à la retenue et à la réflexion?
Mais dans ces rues du centre de la mode, sur certaines photographies se superposaient ma silhouette en miroir avec les visages des femmes des publicités de mode et de cosmétique.
Et puis au bout d'un moment, je me rapprochait de plus en plus de leur visages, et de ce paysage publicitaire, j'ai fini par ne prendre plus que ça en photo.
Des mères de familles, des femmes en couple, seules et parfois armées, des regards alternant jovialité et froideur, le visage parfois altéré par les trames visibles des impressions géantes et par des reflets des vitres des panneaux ou se reflétait la ville.
Dans les dernières pages du livre, les images de la femme mise en morceaux, ou les jambes, féicsier et poitrines, constituront la chaire de la base de l’hamburgeur que l’on nous fera avaler en toute discretion.
Puis pour finir le livre, l’image de Daido Moriyama photographié au BAL à Paris lors de sa rencontre, toujours avec mon téléphone. Cette facination du féminin, c’est la facination du maitre de la déambulation frénétique du centre-ville, l’hommage du père de la street photographie des rues sombres mélées aux bas raisilles* et autres sympoles pour dire la femme fétichisée.
Non, en fin de compte, le vrai nom de cette série devrait s’appeler “Cell-Phone Women”!
Mais la série du quiproquo à continué. Lorsque je décidais, suite à cette réflexion, de ce nouveau titre. Voilà que je l'écrivais avec une erreur de syntaxe: “Self-Phone Women”!
Alors encore un effort et quelques questions, mon subconscient insistant.
Mon téléphone de femme? Les femmes qui s’auto-téléphonent ? Les femmes de mon téléphone? Mes auto-femmes au téléphone?
Toutes ces femmes et ces images alternant les noirs profonds et les blanc intenses, pour en simplifer ou en confondre les traits avec ma silouette et ceux du centre-ville, toutes emmagasinées dans mon smartphone, que je portais tout le temps sur moi, inconscient ici de la façon dont ces images capturées tentaient l’introjection de l’expérience:
Le féminin refoulée, le masculin photographique** en marche, “d”avant le “trouble dans le genre”, le retour de l’œdipe en pagaille.




































Sans titre (”Cell-Phone Women”). Images digital jpeg noir et blanc. Format et dimention variable. Ici, une séléction de 36 doubles pages imprimé sur papier satiné.