Amour en Cage

2021 Montreuil

 


J’ai beaucoup jardiné en 2021, grâce à un jardin partagé à côté de chez moi. Pas étonnant, me direz-vous : en plus d’être en période post-Covid,  je me trouve en pleine analyse, et très impliqué.

Je suis déterminé à en finir avec mon ancien moi, et à m’ouvrir à de nouvelles perspectives. Ainsi, je rumine, je cultive et je mange mes propres légumes, au sense propre comme au sens figuré comme un bon nietzschéen (1).

Je pratique la culture en lasagnes (2) : je constitue une base faite de différentes couches successives avant de planter au-dessus.

Je fais pousser, je cultive, je sème, je creuse :
— « Tu creuses ta tombe ? », me dit une amie qui jardine à côté de moi.
Je la regarde, et puis, d’un air soucieux, je regarde ma parcelle, creusée comme une tombe rectangulaire pour préparer le terrain.

Tout ceci se met à pousser sur ma belle sépulture bien délimitée, bien ordonnée. Seulement voilà : juste à ma gauche pousse une plante vivace, de plus en plus grande, qui s’invite par-dessus.

Puis la fleur vient, puis le calice (3). Je suis intrigué, je demande à un confrère :
— C’est beau, ça ! Comment ça s'appelle ?
— C’est une physalis (4), “l’amour en cage” ! me répond-on. Amour en cage, me dis-je ? Tiens donc.

Je suis venu me ressourcer, cultiver avec détermination et creuser la tombe de mon ancien moi sur un vieux terrain industriel pollué. Constituer ainsi différentes couches par-dessus pour établir un nouveau sol propre, afin d’y faire émlerger quelque chose de nouveau : une renaissance dépolluée.

Et voilà “l’amour en cage” qui est apparu sur mon terrain comme une lanterne (6), m’éclairant sur une nouvelle vie possible qui s’offrait à moi: le commencement d’un amour de soi se libérant petit à petit de certaines facettes néfastes appartenant au passé.



  1. Dans “Le Gai Savoir “, (1887):« Nous ne sommes pas des ruminants pour rien — nous aussi, nous avons besoin d’un peu de temps pour digérer nos pensées profondes. » - “Nous avons tous en nous des jardins et des plantations cachés”.
  2. Dans “Ecce Homo”, (1888):« Il est une question dont le “salut de l’humanité” dépend beaucoup plus que de n’importe quelle subtilité de théologien : c’est la question du régime alimentaire ». Nietzsche oppose ainsi la pensée rapide, superficielle, à la pensée lente, profonde, méditative, qu’il appelle "rumination", à la manière d’un animal qui digère lentement ce qu’il a mangé. Il utilise souvent l'image de la vache qui rumine, ou du penseur solitaire, pour parler de cette élaboration intérieure nécessaire à la création de pensée authentique. Donc dans ce sens, Nietzsche n’invite pas à cultiver son potager, mais à cultiver son esprit comme un terrain, et à ruminer les pensées, à les digérer lentement, pour les transformer en quelque chose de vivant et puissant.
  3. Le jardinage en lasagnes (lasagna gardening): est une manière de faire un jardin. De la même façon que, pour préparer des lasagnes, le cuisinier alterne des couches de pâtes et de sauce, le jardinier, pour cultiver en lasagnes, dépose sur le sol des couches de matériaux de compostage qu'il termine par une couche de terreau où il peut effectuer immédiatement des plantations. La culture en lasagnes, c'est un peu comme un compost bien organisé sur lequel on plante directement, sans l'effort du labour ou du bêchage.

  4. La Physalis: Physalis peruviana, Le Coqueret du Pérou. Physalis alkekengi (l'Alkékenge, la Lanterne, l'Amour en cage) est une espèce de plantes dicotylédones de la famille des Solanacées. On l'appelle aussi Cerise de juif, Cerise d'hiver ou Coqueret alkékenge.
    La plante est surtout connue pour son faux-fruit, une baie comestible de couleur orange enfermée dans un calice rouge orangé accrescent semblable à une lanterne.
    Bien qu'elle contienne un peu d’alcaloïdes, cette plante n'est pas toxique. Tout au plus faut-il se méfier des fruits non mûrs qui peuvent occasionner des désagréments intestinaux.
    La tradition lui reconnaît un usage dans le traitement de la goutte et des œdèmes du fait de son caractère dépuratif (qui purifie le sang par une action diurétique).

  5. Calice (botanique): ensemble des sépales. En botanique, le calice est constitué de l'ensemble des sépales. Premier verticille floral, il protège la fleur en développement. 
  6. En fin de floraison, le calice se referme sur l'ovaire et forme un ovale parcheminé veiné en réseau de 5 cm de couleurs vives allant de l'orange au rouge emprisonnant le fruit. À maturité du fruit, il devient très fin et translucide, d'où la comparaison fréquente avec une lanterne, puis il s'ouvre.






Sans titres. Ensemble de 9 formats images digitals raw converti en jpeg. Dimention et format variable. Montreuil 2021.